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23 septembre 2004. Déni de démocratie au Cameroun Publié le jeudi 23 septembre 2004

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L’élection présidentielle d’octobre 2004 au Cameroun va se dérouler dans des conditions qui défient ouvertement les droits politiques élémentaires.

La date du 11 octobre a été fixée à peine un mois avant, ce qui empêchera toute mobilisation et toute organisation pour l’opposition. L’annonce a été faite au Cameroun en l’absence du Président, qui n’a pas reparu au pays depuis la mi-août, où il avait répondu à l’invitation de Jacques Chirac.

Les deux tiers des Camerounais en âge de voter au Cameroun ne sont pas inscrits sur les listes électorales. Les Camerounais vivant à l’étranger - plus de dix pour cent de la population camerounaise - ne pourront pas, malgré leurs protestations, exercer leur droit de vote. L’exigence d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) a été refusée. L’Observatoire national des élections (ONEL), dont les membres sont nommés par la Présidence et qui a déjà fait la preuve de son inutilité, a été reconduit.

Tout est donc prêt pour une nouvelle mascarade électorale. Paul Biya, après avoir exercé diverses fonctions sous la présidence d’Ahmadou Ahidjo, a évincé ce dernier en 1982 par une révolution de palais. Après avoir, en 1984, réprimé dans le sang une tentative de retour de l’ancien Président, il est reconduit en 1987 à la Présidence comme candidat unique. En 1992, après la répression des manifestations pour un changement démocratique, qui a fait plusieurs centaines de morts, les résultats de l’élection, favorables au candidat de l’opposition John Fru Ndi, sont grossièrement truqués et Biya se proclame élu. En 1997, l’opposition boycotte une élection qui n’offre aucune garantie de loyauté. Une réforme a changé la durée du mandat présidentiel et remis à zéro le compteur limitant les réélections : Biya repart pour un quatrième mandat, de sept ans cette fois.

Tout en subissant pendant vingt-deux ans un pouvoir sans contrôle, la masse des Camerounais n’a cessé de s’appauvrir, la moitié d’entre eux vit au-dessous du seuil de la pauvreté, tandis qu’un affairisme insolent étale le scandaleux enrichissement de quelques-uns sur un pays doté d’abondantes ressources naturelles. Le Cameroun de Biya a réussi à prendre place au rang des pays pauvres très endettés (PPTE). Il vient d’être exclu de ce bénéfice, faute d’avoir rempli les conditions élémentaires de gestion, en raison de la corruption qui mine l’État, et qui a valu au Cameroun de figurer à la première ou dans les toutes premières places des pays les plus corrompus. Les services publics d’éducation et de santé sont sinistrés, les entreprises publiques en faillite ont été bradées, obligeant les Camerounais à vivre de longs jours sans eau, sans électricité. La Caisse d’Épargne Postale et la Caisse Nationale de Prévoyance sociale sont en banqueroute, vidées de leurs fonds.

Pourtant, le Président du Cameroun est choyé par les hommes politiques français. De Pasqua à Rocard on s’affiche en sa compagnie. Il jouit de la protection et de l’amitié de Jacques Chirac, qui vient pourtant de proclamer, à l’ONU, sa volonté de lutter contre la pauvreté. Nul doute que sa réélection, inévitable et programmée, sera saluée par les vÅ“ux et les félicitations du Président français, une véritable insulte au peuple camerounais souffrant.

La passivité des Camerounais devant cette situation ne doit pas faire illusion. Réduit à l’impuissance, muselé, le peuple est conscient du mépris dans lequel on le tient et du gâchis qui a été fait de ses possibilités de développement humain. Pourra-t-on s’étonner demain si, en désespoir de cause, il verse dans l’extrémisme ethnique ou religieux ? C’est tout ce qu’une politique cynique et irresponsable lui aura laissé.



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