Espoir d’embellies (Edito)
Depuis une dizaine d’années, l’est de la république du Congo est le théâtre
des exactions, des guerres et des massacres les plus atroces. Selon Human
Rights Watch (HRW), toutes les armées, l’armée congolaise et les
armées et milices ethniques, ont violé les droits des civils congolais, pratiquant
meurtres, actes de violence sexuelle, déplacements forcés, vols, extorsions et
destructions des biens.
Selon une enquête de l’International Rescue Committee (IRC), le confl it et la
crise humanitaire en République démocratique du Congo ont coûté la vie Ã
5,4 millions de personnes depuis 1998 et continuent de tuer 45 000 personnes
chaque mois. Si la population totale du Congo est estimée à plus de 62 millions
d’habitants, l’essentiel de cette surmortalité affecte les provinces de l’Est. Il faut
rapprocher ces chiffres de la population estimée dans l’Est du Congo, 2 millions
en Ituri, 3,5 millions au Nord Kivu, 3 millions au Sud Kivu. Une part considérable
de la population de ces régions aurait donc disparu. Si on y ajoute le nombre
des déplacés estimé, à l’intérieur du Congo, à 1,7 million, sans compter tous
ceux qui se sont réfugiés dans les pays voisins, on a le tableau apocalyptique du
plus grand désastre humanitaire contemporain, qui s’est déroulé dans l’indifférence
du monde pour la raison principale que les intérêts des grandes puissances
n’étaient pas en danger. Pendant les massacres, les affaires continuent. Le pillage
traditionnel des métaux rares et précieux dont le Congo abonde, loin de cesser a
été amplifi é par la guerre comme source de revenus pour tous les belligérants.
Après un premier accord de paix en 2002, une recrudescence de violences a marqué
2006 et 2007. Au terme d’une conférence tenue à Goma du 6 au 23 janvier
(page 2), un engagement a été signé par les groupes rebelles congolais pour un
cessez-le-feu. Un mince espoir s’est donc levé, mais les plaies humaines matérielles
et sociales seront longues à guérir. Comment vont cohabiter ceux que
tant de crimes et de haines ont opposé ? Les évêques congolais ont mis en garde
contre un accord qui assurerait l’impunité des crimes commis. La clause d’amnistie,
âprement disputée, a été réduite aux faits de rébellion armée. Les crimes
de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide en ont été exclus.
Dans un autre registre, la surprise agréable est venue, en France, le 15 janvier,
d’un discours inattendu du secrétaire d’État à la Coopération et à la Francophonie,
Jean-Marie Bockel, qui énonçait rien moins que la volonté de « signer l’acte
de décès de la Françafrique »(page 5). Cette importante déclaration constitue
en soi une rupture puisque jamais auparavant le terme de « Françafrique » n’a
été prononcé par aucun responsable politique français en fonction. La politique
africaine de la France serait-elle à un tournant ? On espère que cette hardiesse,
non seulement ne sera pas désavouée, mais se prolongera en actes signifi catifs.
Bockel a-t-il la carrure d’un Hercule pour nettoyer les écuries d’Augias ? On
l’espère fermement.
Odile Tobner
Au sommaire dans ce numéro
RDC Goma accouche d’une petite
Espérance
AFRIQUE DES GRANDS LACS Les 3 K : Kouchner, Kinshasa, Kigali
NIGER Un avenir radieux et irradié
FRANCE Bockel sort ses griffes
TCHAD-CENTRAFRIQUE Soigner le
mal par le mal
CENTRAFRIQUE Les fils dans la forêt
FRANCE Vive la coloniale !
Téléchargez les anciens numéros de Billets d’Afrique en pdf (mise en ligne 2 mois après leur parution)
Abonnez vous à Billets d’Afrique et d’ailleurs