Le déshonneur de la France au Tchad (Edito)
Quand Rama Yadé, dans un élan d’indignation, s’est exclamée à la tribune de l’Assemblée
nationale que « L’Afrique de papa c’est fini ! », nous étions loin d’imaginer que
cela signifiait le pire, c’est-à -dire que l’Afrique de grand-papa était de retour, celle du
mépris des Africains, affiché sans états d’âme. Celle de papa c’était un mépris honteux
et dissimulé. Foin de ces chichis avec Sarkozy. On en a eu un avant-goût avec le discours
de Dakar, on en a en ce moment une confirmation scandaleusement éclatante avec
la conduite de la France au Tchad.
Le Tchad, c’est d’abord une forteresse militaire française en plein cÅ“ur de l’Afrique. Le régime
tchadien, sous tous ses présidents successifs, de Tombalbaye à Idriss Déby, a été soutenu
militairement. Tous ces présidents se sont distingués par leur férocité à l’égard des Tchadiens
qui osaient s’opposer à leur tyrannie. De l’assassinat de Outel Bono en France, signé de pros
des services spéciaux, jusqu’aux crimes contre l’humanité qui ont valu à Hissène Habré
d’être aujourd’hui traduit devant le Tribunal pénal international, le pouvoir français n’a
jamais eu honte de ses choix, quel qu’en soit le prix pour les Tchadiens.
L’indéfectible soutien apporté à Idriss Déby, adjoint de Hissène Habré avant d’en être le
tombeur, porte à son comble une politique de régression. Aucune considération du respect
des Droits de l’homme, encore moins des droits civils et politiques des Tchadiens
n’a jamais influencé la politique française, pour qui, à la lettre, les Tchadiens n’existent
pas. Seul existe un pouvoir tchadien paravent de la puissance militaire française.
Un tel pouvoir est régulièrement contesté par des rébellions. La dernière offensive
contre la capitale N’Ddjamena l’aurait emporté sans l’appui français, symbolisé par
l’occupation de l’aéroport de N’Ddjamena. Quand les combats ont fait rage dans la ville,
la préoccupation unique du gouvernement français, exprimée par Hervé Morin, ministre
de la Défense, a été l’évacuation des Français et Européens, dans la plus pure tradition
coloniale. Pas un mot pour ne serait-ce que compatir au sort de la population locale.
Rien pour protéger les habitants qui ont fui en masse, rien sur le nombre des victimes
civiles, détail futile.
Enfin quand, au repli des rebelles, la soldatesque de Déby a pu se déchaîner sur la
population civile, la réaction française a été déshonorante puisque Hervé Morin encore,
aux nouvelles alarmantes sur la disparition de leaders de la société civile a répliqué qu’on
verrait plus tard. Le pouvoir français s’est contenté de demander des « clarifications ». A
la grande honte de la France, l’Union européenne demandait, elle, la libération immédiate
des leaders disparus, tandis que l’Autriche, qui doit fournir quelques centaines de soldats
pour l’Eufor, déclarait la présence de ses soldats incompatible avec ces disparitions.
Pendant cette tragédie humaine frappant les Tchadiens, Rama Yadé, apparemment devenue
aphone après ses éclats de voix contre Kadhafi , a disparu des écrans. Quant Ã
l’homme du « droit d’ingérence », après s’être tu il a fini dans l’ignoble en avalisant les
mensonges répandus sur la disparition des opposants. Hervé Morin, tout sourire, serrait
la main d’un Idriss Déby triomphant, qui désignait les opposants arrêtés comme des
« prisonniers de guerre ». Enfin l’escale de Sarkozy a N’Djamena, avec photos, sourires
et poignées de main à un Déby qui a répété « ne pas savoir » ce qui a bien pu arriver aux
opposants disparus, porte à son comble la bassesse politicienne. On se demande quelle
leçon de « Droits de l’homme » ces gens-là auront encore le front de donner, et à qui ?
Odile Tobner
Au sommaire ce mois-ci :
CONGO-BRAZZAVILLE Une leçon de démocratie
DJIBOUTI Des législatives aux petits oignons
Dossier TCHAD
- Tchad Une vieille rengaine
- « Le calvaire de Yoro »
- Le chef cuisinier nous roule dans la farine
NIGER La malédiction Areva
CAMEROUN Biens mal acquis bien défendus
FRANCE Michel Rocard : « La Françafrique m’a empoisonné la vie »
SARKOZY AU CAP : des fausses promesses de rupture ?
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