Impudences et espérances
Dans ces billets sur l’actualité estivale, nos lecteurs trouveront leur dose d’impudence des puissants - dictatures reconduites au mépris du suffrage populaire, provocations en rafale de l’administration Bush, dénis de justice d’un monde sans loi, rongé par une criminalité financière débridée, prédations continuées, au mépris de besoins vitaux, etc.
Trop de gens s’en font les complices ou s’en satisfont. Voyez la France, à l’approche d’un scrutin décisif : 60 % de ses citoyens ont une « bonne image » de leur Président, dont on découvre chaque jour les méga-détournements de fonds publics et la boulimie d’argent noir. Achevant de se moquer du monde, l’hôte de l’Élysée, héritier de Jacques Foccart et clef de voûte de la Françafrique - ce tissu de mépris néocolonial -, ose envoyer l’un de ses proches, Denis Tillinac, à l’assaut de « la Françafrique » et des « valises pleines de billets » !
Il n’y a pas que les Français à avaler n’importe quelle daube. On comprend que les dictateurs voisins soient venus fêter le 8 août, à N’Djamena, la "réélection" de leur collègue Déby. Mais les présidents élus du Nigeria et du Mali, Obasanjo et Konaré ? Ils savent comment a été mis au pilon le vote des Tchadiens. Ils auraient pu éviter de célébrer ces cinq ans de prison supplémentaires, sous un garde-chiourme voleur et sanguinaire. Leurs électeurs, s’ils conservent un peu de cette fibre panafricaine qui anima les pères de l’indépendance, pourraient leur demander des comptes.
Mais tout n’est pas désespérant. La résistance monte aux iniquités de la mondialisation. Des bribes de droit et de justice commencent à sanctionner les excès d’impudence criminelle. Les colombes et leurs rameaux d’olivier ne dédaignent peut-être plus le Congo-Kinshasa et le Burundi.
Oh certes, les timides espoirs de paix profitent surtout d’une bonne conjoncture politique, de la convergence provisoire des intérêts des puissants. Il faut bien ça pour sortir des conflits les plus meurtriers : d’abord circonscrire les armes, fut-ce en se bouchant le nez. La justice vient plus tard, quand les logiques civiles ont repris le dessus. On s’est servi de Milosevic dans les débuts du processus de paix en ex-Yougoslavie. Désormais, même les Serbes admettent qu’il doit être jugé. Dépassons cet exemple trop simplifié : il y a un tempo entre paix et justice, à ne pas contrarier.
Ainsi, nous sommes frustrés que l’armistice entre Paris et Kigali se fasse sur fond de Realpolitik, de calculs géostratégiques très contestables, d’oblitération de l’histoire. Mais, sachant à quel point les revanchards françafricains ont attisé la conflictualité régionale, nous nous disons que c’est toujours ça de pris. La justice viendra en son temps, sceller la paix. Et il faudra une "sanction" : un plan de réhabilitation de la région.
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