ciné – débat Tuez les tous
un documentaire de Raphaël Glucksmann, David Hazan et Pierre Mezerette, 2004
génocide au Rwanda en 1994 : le rôle ambigu de la France…
Mardi 10 juin 20H30
cinéma le Connétable – Clisson
place des douves
Entrée libre et gratuite
Tuez les tous !
Rwanda : d’avril à juillet 1994, le génocide des Tutsi s’est déroulé devant les caméras du monde entier et dans une indifférence quasi générale de la communauté internationale. Le génocide fut savamment orchestré et organisé. Il s’est nourri de notre passivité à tous. Raphaël Glucksmann, David Hazan et Pierre Mezerette avaient quinze ans au moment des faits. Si, comme la plupart d’entre nous, leur sentiment de l’époque relève de l’incompréhension, ils ont voulu savoir pourquoi et comment un million de Tutsi avaient été massacrés en trois mois. Plus de deux ans d’enquête pour dénouer les logiques implacables tendues vers un objectif unique : l’extermination des Tutsi.
A l’origine du film : le rôle de la France
En 1998, quatre ans après le génocide, s’ouvre une mission d’information de l’Assemblée Nationale française afin de déterminer le rôle exact de la France au Rwanda. Les médias se font l’écho des travaux de cette mission et des adjectifs tels que « ambiguë » ou « étrange » sont utilisés pour qualifier l’intervention française. Nos doutes sur ce qui s’est réellement passé au Rwanda datent de cette période : en tant que jeunes citoyens français, nous voulions savoir pourquoi notre génération était passée à côté du dernier génocide du XXesiècle. Faire un film nous a vite semblé être le meilleur moyen de faire partager nos interrogations au plus grand nombre. De très bons livres avaient été écrits sur le sujet, mais aucun documentaire ne restituait les logiques globales du génocide et de l’intervention française.
Le génocide au centre du film
Nous voulions au départ faire un film sur le rôle de notre Etat au Rwanda, sur notre rapport à cette histoire en tant que citoyens français. Mais les « claques » que nous avons prises sur place nous ont conduits à placer le génocide lui-même au cÅ“ur du film. Réduire le génocide à l’implication française ne restitue pas sa dimension universelle. Et, progressivement, notre subjectivité s’est effacée devant l’horreur et l’ampleur de l’événement. Dès notre retour, nous avons cependant commencé une enquête en France, contactant de nombreux hommes politiques. Avec les entretiens que certains ont bien voulu nous accorder, nous avons dégagé les logiques de l’intervention française. Nous avons voulu savoir jusqu’à quel point et au nom de quoi l’Etat français s’était lié à cette histoire tragique. Nous sommes revenus du Rwanda avec plus d’une centaine d’heures de films, entre images tournées et archives de la télévision rwandaise, sans compter les bandes-son de la radio des 1000 Collines. Sont venues s’ajouter les heures de tournage en France, en Suisse et en Belgique. Comment articuler toutes les informations que nous avions recueillies ?
Un seul objectif : Comprendre l’inacceptable
Le documentaire est didactique à dessein. Nous voulions que l’on comprenne. Par respect pour les victimes, nous avons cherché à restituer le plus froidement possible les processus politiques, sociaux et culturels qui ont conduit à l’extermination. Nous avons porté une attention particulière aux mots employés. Nous avons tous entendu parler de « guerre tribale », de « massacres inter-ethniques », de « haine ancestrale ». Le mot génocide impliquait une responsabilité à la fois individuelle et internationale que personne ne voulait endosser. Bien qu’admis, le génocide des Tutsi n’est toujours pas caractérisé avec exactitude. On parle souvent de « génocide rwandais ». Cela ne signifie rien : personne n’a été tué parce qu’il était Rwandais. Les Tutsi ont été massacrés parce que nés Tutsi. Il y a une tendance générale à ne pas accepter la nature profonde de ce qu’est un génocide. Parce que c’est humainement inacceptable.
Le film que nous aurions aimé voir
Nous avons réalisé avec « Tuez-les tous ! » le film que nous aurions aimé voir. Jusqu’à présent, les documentaires sur le Rwanda racontaient des destins. Nous ressentions un manque. Nous n’apportons aucun scoop, aucune révélation. Tout existait déjà : notre travail a consisté à donner une cohérence à tous les faits dont nous avons été abreuvés. Pour comprendre.
Renseignements
survie-nantes(at)club-internet.fr
http://survie44.over-blog.org/