Survie

Le négationnisme du génocide

Yves Ternon a écrit que “chaque génocide porte obligatoirement son négationnisme”, précisant : “en même temps qu’il prépare son crime, l’auteur du génocide met au point la dissimulation de ce crime”. Le discours négationniste s’inscrit donc dans la propagande des génocidaires, il est son prolongement. Le négationnisme ne se résume pas à une négation pure et simple du génocide, ce qui est rare, il consiste aussi et surtout à réécrire l’histoire du génocide selon le narratif de ceux qui l’ont commis. Dans le cas du génocide des Tutsis, le regard occidental sur ce crime a également été vicié par son imaginaire colonial raciste, facilitant la tâche des auteurs du génocide comme des négationnistes de faire passer l’extermination programmée des Tutsis pour « une guerre tribale » ou « un conflit interethnique ».

Ce narratif des auteurs du génocide des Tutsis repose principalement sur la réécriture de trois points que l’on retrouve logiquement dans les discours négationnistes :

  • L’antitutsisme entretenu par les autorités rwandaises durant trois décennies est soit effacé soit justifié par une prétendue menace des Tutsis de tuer les Hutus. Tout comme on ne peut expliquer la Shoah sans parler d’antisémitisme, le déni de l’antitutsisme qui a conduit au génocide est un point central du négationnisme.
  • La propagande d’un plan de colonisation de la région par les Tutsis est une autre justification du génocide par ses auteurs, reprise par les négationnistes qui accusent le FPR d’avoir « provoqué » le génocide des Tutsis dans le but de conquérir le Rwanda et la RDC.
  • S’appuyant sur les 2 points ci-dessus, le discours négationniste n’a de cesse de flouter ou nier l’identité des victimes du génocide des Tutsis, abusant d’expressions comme « génocide rwandais » ou de formules comparant une extermination planifiée à des massacres comme en produit une guerre. Cette banalisation du crime de génocide va d’un « conflit qui a fait des victimes Tutsis et Hutus » à l’invention d’un « second génocide », que le pouvoir rwandais aurait commis sur des populations Hutus en RDC. Un narratif qui reprend mot pour mot la propagande des extrémistes Hutus des années avant la commission du génocide des Tutsis.